Une porte entr’ouverte
C’était un dimanche, un dimanche de mai au temps incertain. C’était au château de Lanet.
Nous étions quelques amis, une trentaine, réunis là pour découvrir un peu mieux ce joyau du patrimoine qui domine, du village de Lanet où il est perché, l’entrée des gorges et le pont sur l’Orbieu. Cette situation, au Moyen Âge, constituait pour la seigneurie de Termes, dont Lanet était un des soixante-quatre fiefs, une place stratégique, une place avancée posée sur la limite occidentale du Termenès.
Le Moyen Âge c’est vaste. Mais ce dimanche-là, nous parlions plus précisément du XIIIème siècle, ce siècle qui a commencé avec la terrible Croisade Albigeoise. C’est en 1210 que le seigneur de Termes, Raimond III fut défait, tous ses biens confisqués et donnés aux vainqueurs – les barons croisés sous la bannière de Simon de Montfort. La Croisade contre les Albigeois est une page sombre de l’histoire du Languedoc, mais aussi une page qui s’étire dans le siècle car les faydits, ces seigneurs vaincus et dépossédés de leurs terres vont, de résistances en contre-attaques, tenir tête à trois rois successifs. C’est seulement en 1244, avec la disparition quasi totale des derniers parfaits cathares dans le bûcher de Montségur qu’on peut situer la fin de cet épisode, qui sur fond de lutte contre l’hérésie a amené de profonds bouleversements.
Olivier de Termes a vécu à Lanet en 1263
Ce dimanche, à Lanet, dans ce château datant de la première moitié du XIIIème siècle, nous découvrions le travail de M. Francis Barthe, ami du château et descendant des derniers seigneurs de Lanet, qui nous présentait, tenez-vous bien, un document de 1263.
Dans la lumière fuyante de ce jour pluvieux, nous avons vu apparaitre entre ses mains sept folios de parchemin. Un objet rarissime, arrivé non pas du treizième mais du dix-septième siècle : c’est une copie de l’acte du 3 mai 1263, rédigé à la cour du seigneur Olivier à Lanet.
Une preuve qu’Olivier de Termes, fils de Raimond III, dépossédé de ses biens en 1210 et qui les a retrouvés des mains même du roi Louis IX (Saint Louis) vers 1255 a bel et bien résidé ici au château de Lanet.
Un sentiment diffus s’est emparé de l’assistance, chacun rassemblant ses souvenirs, les traces d’histoires happées dans les visites de lieux patrimoniaux des environs. Termes, oui bien sûr. Et Olivier, un personnage complexe, pas forcément sympathique d’après ce qu’on raconte. Mais l’histoire n’est-elle pas toujours un peu teintée de l’encre du conteur ? Alors cet Olivier de Termes, ce tout-premier propriétaire du château de Lanet, il a été assis là où nous sommes, il y a tout juste sept-cent soixante ans, et il rendait la justice, il était le seigneur.
Toutes ces pensées créaient une atmosphère dense de curiosité, et tandis que Francis partait s’asseoir et que le ciel extérieur s’assombrissait comme un regard qui se plisse pour mieux voir à travers les meurtrières, personne ne fut surpris de voir apparaitre …
Raimond III de Termes
accompagné de son épouse Ermessende de Corsavy
Eux-mêmes un peu surpris de se trouver là mais très heureux de voir tous ces gens curieusement vêtus et les engageant à leur demander ce qu’ils voulaient. Un jeune journaliste présent a sauté sur l’occasion pour réaliser l’interview du siècle (lequel ?) avant de se sauver, appelé par un autre scoop.
Encore un léger flottement dans les pierres et c’est Olivier de termes lui-même que nous avons vu apparaitre et nous conter sa vie.
Nous l’avions appelé de nos vœux et il était là, totalement présent, terriblement humain, tonitruant, sûr de lui, haut en couleurs, remarquablement intelligent, rompu au combat comme à la négociation

Une formidable énergie, venue se démontrer devant nous, entrainant avec elle quelques-uns de ses proches eux aussi sortis des limbes.
Nous étions tous bouche-bée et lorsque soudain Olivier s’est figé, l’épée levée, dans une ultime réplique, il a fallu quelques secondes aux esprits pour réintégrer le siècle en cours.
Ce dimanche 7 mai 2023 à Lanet, le temps d’un spectacle, grâce à la Companie de Segure, une porte dans le temps s’est bel et bien entr’ouverte.
la compagnie de Segure
Claire Chevalier, Martin Depeyre et Patrick Chevalier
Chaleureusement applaudis les membres de la Compagnie de Ségure auteurs et acteurs de ce superbe spectacle ont confié avoir été également portés par le lieu.
Après le spectacle
Acteurs et spectateurs se sont déplacés dans la salle voûtée pour savourer un verre de sangria.
Martin, encore en costume d’Olivier de Termes nous a permis de trinquer à travers les siècles avec le premier propriétaire du château de Lanet.
Une bien belle soirée…à renouveler !































