La veillée de Noël

Nous voici au terme de notre calendrier de l’Avent, un chemin de vingt-quatre jours de plus en plus courts en attendant de célébrer enfin la naissance de l’Espérance.

Nous avons patiemment passé en revue tous les symboles, de l’arbre toujours vert à celui qu’on brûle dans la cheminée, les références religieuses de diverses confessions, la recherche omniprésente de la lumière sous forme d’étoile ou de bougie…

Nous avons regardé nos propres traditions et effleuré celles des autres, nous avons éclairé les quatre bougies de la couronne de l’Avent, abordé en quelques touches les concepts de pardon, de foi, de paix et d’espérance.

Et en toile de fond de tout cela nous avons découvert cet esprit de Noël dont on ne sait jamais bien parler car il s’agit avant tout de le vivre.

Du gros souper au repas gras

La table est mise et la maison décorée.

Dans l’âtre la bûche commence à brûler. La famille s’attable pour le gros souper.

Toute la famille se rend ensuite à l’église. Avant de s’installer ils admirent la crèche, les santons figés en attitude d’adoration, mais là au milieu de l’étable il manque encore l’Enfant.

Fifres et tambourins accompagnent les chants traditionnels provençaux de Noël qui accompagnent un recueillement empreint de gaité.

À minuit, c’est la plus belle voix de la paroisse qui entonne le « Minuit Chrétiens ».

Les cloches se mettent à sonner tandis que le prêtre porte le santon de l’Enfant Jésus à la crèche et le dépose devant Marie et Joseph, l’âne et le bœuf.

« Il est né le divin enfant »

Ensuite c’est la messe, un moment fort de la communauté, l’occasion aussi, à la sortie, d’échanger un peu différemment en pleine nuit sur le parvis de l’église.

Les enfants ont hâte de rentrer à la maison, certains ont bien vu en venant à l’église tout-à-l’heure un traineau attelé à huit rennes effleurer le clocher…

De retour à la maison ils vont constater que le Père Noël est passé.

Il a placé le petit Jésus dans la crèche et disposé tous les cadeaux au pied du sapin, dans (ou autour) les chaussures de chacun.

Il a même pris le temps de se faire un petit café ou manger une assiette de soupe que les enfants lui avaient préparée.

Après le joyeux déballage, c’est le moment du repas gras où tous les plats de fête récompensent les quatre semaines « maigres » de l’Avent.

Puis on ira au lit sans débarrasser la table, cela aussi n’arrive qu’à Noël !

La grâce de Noël

Si nous sommes parvenus à cette veille de Noël sans trop d’impatience, si notre regard envers nos semblables est devenu un petit peu plus bienveillant, si nous sentons en nos cœurs ne serait-ce qu’une infime bouffée d’admiration et de reconnaissance envers le grand mystère de la Vie, alors ce calendrier aura rempli son office.

C’est dans ce but qu’il a été conçu il y a près de deux siècles et réalisé pour vous cette année.

Notre époque est vouée au virtuel, l’ouverture des petites fenêtres du calendrier se sera faite avec des clics… Sans contact mais avec un plaisir de partager intact !

Cadeaux

Papa Noël chahuté par ses rennes

Les trois messes basses

Je vous avais promis l’histoire de dom Balaguère.

Si vous avez quelques instants pendant les fêtes découvrez là intégralement dans les « Lettres de Mon Moulin » d’Alphonse Daudet. C’est lui qui conte admirablement comment ce chapelain gourmand a reçu un soir de Noël la visite du diable, qui avait pour la circonstance pris les traits de son enfant de chœur, Garrigou.

Celui-ci le met au supplice de la tentation en lui racontant le menu avant de le pousser à expédier à toute allure les trois messes basses de la veillée de Noël pour s’attabler plus vite devant le festin.

Au repas gras, dom Balaguère mange et boit tellement qu’il meurt durant la nuit, sans avoir pu se repentir.

Le Seigneur le condamne alors à n’entrer au paradis qu’après avoir célébré trois cents messes basses, en présence de tous ceux qui ont péché avec lui, et ceci durant un siècle.

Alors cette nuit, après le « gros souper », si vous assistez à la messe de minuit, priez pour que le prieur ne soit pas de la trempe de dom Balaguère !