Antoine GAICHET (1718-1784) : maître menuisier
Antoine Gaichet est un personnage très présent au sein de la communauté de Lanet.
Nous le verrons intervenir à de nombreuses reprises en sa qualité de menuisier pour diverses réparations sur les infrastructures du village.
Il côtoie également régulièrement le seigneur du lieu en effectuant de nombreux travaux pour lui.
Contenu de l'article
Les origines
Antoine Gaichet voit le jour à Fourtou (canton de Couiza), le 10 février 1718. Il est le quatrième enfant d’Etienne Gaichet, originaire de Fourtou, et de Cath›erine Taillan, originaire de Massac.–›
Comme deux de ses frères, Antoine quittera son village natal pour s’installer non loin de Fourtou –›.
Son arrivée à Lanet se situe probablement vers 1730-1733, date à laquelle il épouse Marié Alquié dont il aura huit enfants –›
Cette dernière décède en 1750 en donnant naissance à un enfant mort-né.
Notes
Etienne Gaichet, son père avait épousé en premières noces Jeanne Chauvet décédée en 1707, dont il avait eu quatre enfants.
L’ainé Jean restera à Fourtou, tout comme le dernier fils Alexis. Par contre, Jean-Paul s’installera à Auriac, et Etienne à Maury.
Marié Alquié est la fille de Charles Alquié de Salza et de Françoise Saury de Lanet.
Les huit enfants d’Antoine Gaichet et Marie Alquié
Elisabeth (1734-1780)
Marianne (1742-1819)
Clère (1739- ?)
Jean (1746-1749)
Jean-Paul (1744-1747)
Louise (1741- ?)
et deux enfants mort-nés en 1748 et 1750.
On notera le jour du mariage la présence du seigneur de Lanet d’alors.
La signature de Marc-Joseph Dauceresses. figure en effet au bas de l’acte de mariage.
Etienne Pech sera meunier de Lanet tout comme son fils Barthélémy après lui.
De nombreux actes concernent la famille Pech dans les archives des seigneurs de Lanet, la plupart du temps pour des différends entre un des membres de cette famille et le seigneur du lieu
De cette union vont naître douze enfants.
Malgré sa naissance sur la commune de Fourtou, à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Lanet, Antoine Gaichet est de fait lié au village.
En effet, les reconnaissances de 1589 mentionnent déjà un Guillaume Gasquet qui possède une maison aux barris et plusieurs pièces de terres.
Le registre fait également mention d’un Anthoine Gasquet, propriétaire d’une maison aux barris et de plusieurs pièces de terre (jardin, vigne et champs).
Les confronts mentionnent un Jean Gasquet et « les hoirs de Jean Gasquet.
Nous retrouvons la même orthographe de Gasquet dans le registre des reconnaissances de 1630 Sont mentionnés Guillaume Gasquet, Simon Gasquet (maître cordonnier), François Gasquet et Barthélémy Gasquet « fils à Antoine Gasquet.
Le Compoix de 1659 mentionne de nouveau un Antoine Gasquet et Jacques Gasquet.
La famille Gaichet/Gasquet a donc essaimé autour de Lanet pour y revenir avec Antoine en 1730-1735.
Les douze enfants d’Antoine Gaichet et Marianne Pech
Elisabeth (1761-1811)
Marie (1762-1823)
Louis (1756-1806)
Barthélémy (1766-1766)
Barthélémy (1770- ?)
Etienne Paul (1753- ?)
Jean-Baptiste (1760- ?)
Joseph (1767- ?)
Louise (1757-1762
Paule (1754-1756)
Pierre (1759-1761)
Pierre (1768- ?)
Le parrain du petit Joseph était Joseph Olive maréchal à la forge d’Auriac,
♦ Compoix
Matrice cadastrale destinée à la répartition de l’impôt. On y trouveCertains , sous le nom de chaque propriétaire et par articles séparés, la description de toutes les possessions, leur contenance, leurs confronts, leur nature, leur qualité et leur estimation. Certains compoix, dit cabalistes, énumèrent également les biens mobiliers : cheptel, meubles, industries etc.
♦ Allivrement
En droit, quote-part des impositions supportée par chaque commune
François et Barthélémy étant les fils d’Anthoine Gasquet mentionné dans les reconnaissances de 1589 comme nous l’avions vu précédemment.
Une mention marginale nous indique que la maison tenue par Jacques Gasquet en 1659 sera transmise à Etienne Pech meunier en 1743.
La position sociale
Le nom d’Antoine Gaichet apparaît véritablement dans les actes de la commune à partir de 1740.
Il est alors membre du Conseil, Antoine Saury étant consul et collecteur.
Nous le retrouvons membre du même Conseil en 1742, 1744, 1748, 1754, 1763, 1770, 1775, 1780, 1781.
Après cette date, ce sont ses fils qui seront nommés dans les actes.
Notes
En 1754, son nom est mentionné car il a été procédé au comptage de ses cabaux, et la même année, Antoine Gaichet a mis en place un ensachement des cloches de l’église afin de les protéger.
En 1775, il reçoit la somme de 25 sols pour les réparations qu’il a effectuées sur le pont.
En 1780 et 1781, il perçoit la somme de 2 livres 15 sols pour de nouvelles réparations effectuées sur le pont.
Revenons quelques années en arrière.
Les comptes des collecteurs pour l’année 1750 nous présentent le livre de taille dans son intégralité ainsi que l’allivrement au compoix.
Soixante-quatre articles sont inscrits dans les deux rolles. Une comparaison entre les deux documents nous confirme la position occupée par Antoine Gaichet au sein de la communauté de Lanet.
Examinons de plus près les éléments qui nous sont fournis pour les neuf premiers allivrés que nous avons classés par importance des sommes dues.
Prenons le livre de la Taille.
Neuf noms, que nous avons retenus, sont imposés à plus de 19 livres.
Dégageons la part de chacun dans l’imposition totale de la communauté en cette année 1750.
Nous avons fixé l’indice 100 de base pour un allivrement de 20 livres.
Une première remarque s’impose.
À peine 14% des taillables comptabilisent 56% de l’imposition.
Antoine Gaichet figure parmi ces privilégiés, c’est dire le rang qu’il occupe dans la hiérarchie sociale de la communauté de Lanet.
Il figure en bonne place aux côtés des membres de la puissante famille SAURY, implantée à Lanet depuis le début du XVè siècle, alors que lui-même ne s’est réinstallé dans le village que depuis une vingtaine d’années seulement.
Mais il est également au coude à coude avec le seigneur du lieu de l’époque, Marc-Joseph DAUCERESSES.
Au service du seigneur de Lanet
Nous retrouvons Antoine Gaichet quelques années plus tard, en 1759, chargé de la vérification du château et du moulin de Bugarach-Sougraigne-la Viallasse.
Au décès de son père, Joseph Barthe, Jean Barthe, alors seigneur de Lanet, hérite temporairement des fonctions de Fermier que son père exerçait, en raison de la date d’expiration du contrat en cours fixée au ler septembre 1759. Il a donc à ce titre la responsabilité de dresser un état des lieux avant la passation de l’affermage au nouveau fermier Joseph Ferran.
Cette vérification est effectuée le 14 décembre 1759 par le nommé Antoine Babou charpentier de Couiza désigné par le seigneur de Roquefort marquis de Montesquieu et par Antoine Gaichet qualifié de menuisier du lieu de Lanet désigné par Jean Barthe.
Elle concerne le moulin de la Viallasse, la métairie de la Ferrière, le château et ses dépendances, et le moulin de Bugarach.
♦ Relliade
Penture
♦ Anille
Pièce de fer scellée dans l’œillade de la meule courante du moulin
♦ Trémège
Entonnoir servant à mettre la farine en sacs
♦ Canals
Petites conduites d’eau
♦ Maserals
Enchevêtrures de la meule gisante du moulin
♦ Farinière
Caisse à farine
♦ Nadille
Anille d'une meule
♦ Pals
Axes de fer qui portent l’anille et la meule du moulin
♦ Cambettas
Brins de chanvre
♦ Boutar
Retenue d’eau avant la roue du moulin permettant de donner de la pression lors de son ouverture
La vérification s’achève par le moulin de Bugarach estimé dans l’ensemble en bon état. La description du château dans son intégralité est particulièrement intéressante car elle nous donne avec précision la structure du bâtiment et la décomposition intérieure des salles.
Ainsi nous apprenons que le rez-de-chaussée, outre l’assise de la tour qui intégrait l’escalier, comprenait la salle principale dite salle basse, la cuisine du château et son arrière-cuisine, deux petits locaux servant sans doute aux rangements et stockage de denrées, et enfin la prison avec « ses ferrements » nous précise le texte.
Le premier étage comprenait un salon, trois salles faisant certainement office de chambres, mes lieux communs ainsi qu’un cabinet (bureau). Au deuxième étage, nous trouvons un nouveau salon, le grenier et un pigeonnier. Le dernier niveau de la tour servira quant à lui également de pigeonnier.
« Nous soussignés Antoine Babou charpentier du lieu de Couiza expert nommé de sa part de Monsieur le marquis de Roquefort et Antoine Gaichet menuisier du lieu de Lanet expert nommé de la part du sieur Barthe de Lanet pour procéder à l’estat où se trouvent savoir le château moulin couverts dudit Bugarach Sougrainnie et La Viallasse le tout appartenant audit seigneur de Roquefort.
Premièrement nous étant transportés au moulin de la Viallasse en entrant avons trouvé le cadre et fermeture bois de chêne avec des gonds et deux relliades dont l’une des deux le meunier dit la lui avoir mise manquant à la dite porte demi planche pour la faire joindre et une planche pour doubler à travers de plus les murailles du premier endroit du moulin de même que le couvert est en bon état, entrés à l’endroit des mules avons trouvés la porte de hêtre très usée avec ses gonds et reliades et un loquet de bois, nous avons trouvés les murailles dudit endroit en bon état dans lequel il y a deux fenêtres avec leurs cadres de chêne, leurs fermetures sapin pouvant servir, y manquant à l’une des deux fenêtre un gond et une relliade, de plus avons trouvé le cadre des mules assez bon, les farinières ont besoin de raccommoder, les anilles l’un est assez bon l’autre a besoin de réparer, les deux tréméges ont aussi besoin de réparer, pour ce qui regarde les pals et nadilles ils sont en bon état, les serrures l’une bonne et l’autre fort vieillie, les canals peuvent servir, de même les bants rondels (plateau, rondeau) en bon état, les cambettas l’une bonne et l’autre fort usée. Montés ensuite à l’endroit du meunier avons trouvés la porte de l’entrée fort vieille avec ses gonds et relliades et un loquet de bois dans ledit endroit et il y a deux fenêtres avec leurs cadres et fermetures à l’une des deux et l’autre sans fermeture n’y ayant qu’un verrou pour la fermer, de plus la cheminée a besoin d’être refaite de neuf et le four en très bon état, la porte du côté de midi est usée mais pouvant servir avec ses gonds et une relliade et deux verrous l’un dedans et l’autre derrière sans serrure, de plus étant montés par un degré en branche lequel est en très mauvais état, y étant montés pour aller au grenier lequel dit grenier a environ la moitié a besoin de replancher et il y a audit grenier trois fenêtres avec leurs cadres et fermetures assez bon y manquant deux gonds et une reliade et deux verrous.
Moulin de Sougrainnie
Etant entrés audit moulin avons trouvés la porte d’entrée le cadre en bon état la fermeture fort usée avec ses gonds et relliades et un verrou, les murailles dudit moulin sont en bon état, les anilles l’un bon et l’autre usé, les tréméges de même, les maserals ou cadres des mules en bon état exceptée la pierre de derrière qui est usée à cause de l’humidité de la muraille du boutars l’une, les farinières a besoin d’une planche pardevant étant au boutar dudit moulin avons trouvés les canals l’un neuf et l’autre rapiécés les deux rondels en bon état … …
Sommes entrés dans l’intérieur du château où nous avons trouvé la porte de l’entrée à deux battants bois chêne avec ses gonds et reillades usées, une serrure et deux verrous, nous sommes ensuite entrés dans la salle basse nous avons trouvés la porte d’entrée bois de sapin usée avec ses gonds et reillades sans serrure et un loquet; dans ladite salle basse il y a trois fenêtres avec leurs placards aux deux qui donnent du côté de la fosse, il y a des vitres à l’une y manque deux carreaux tout le reste est en bon état, étant entrés ensuite dans une dépendance joignant ladite salle basse nous avons trouvé une porte de sapin usée avec ses gonds et reillades, un loquet …. Nous sommes entrés dans la cuisine où nous avons trouvé la porte de l’entrée en bois de sapin un peu usée.. la cheminée et le four en bon état, entrés ensuite dans l’arrière cuisine avons trouvé la porte bois de sapin fort usée, avec ses gonds et reillades… nous sommes dans la prison avons trouvé une porte de sapin un usée avec ses ferrements une serrure à verrou tout le reste dudit endroit est bon état; de là sommes montés aux appartements du haut au bout de l’escalier avant de monter avons trouvé une porte de sapin en bon état avec ses gonds et reillades et une serrure à verrou, il y a derrière la porte un petit cabinet dans la muraille avec sa fermeture en bois de sapin bonne sans serrure, étant montés le salon à main droite avons trouvé la porte d’entrée sans fermeture dans lequel salon il y a deux fenêtres dont l’une est usée avec ses gonds et reillades et un verrou…. Dans lequel salon il y a une porte qui conduit aux lieux bois de sapin… il y a un passage pour aller aux lieux, il y a une fenêtre avec un rachat de fer.., de ce salon nous sommes entré dans la salle joignant… sommes entrés dans la salle à main gauche… »
Antoine Gaichet, menuisier de profession, avait donc la confiance totale du nouveau seigneur de Lanet Jean Barthe, car l’expertise demandée engageait éventuellement des frais de remise en état avant la passation au nouveau fermier des terres de Bugarach.
Antoine Gaichet, déjà proche de la famille Dauceresses, dont Marc-Joseph a eu le titre de seigneur de Lanet jusqu’en 1755, a donc été choisi en raison de ses qualités professionnelles reconnues par tous.
Comme nous l’avons vu précédemment, la communauté faisait souvent appel à lui pour diverses réparations sur l’église, le pont et autres infrastructures.
Jean Barthe, seigneur du lieu, également, mais les paiements n’étaient guère réguliers car le 4 juin 1774, Antoine Gaichet l’assigne en justice pour le règlement d’arriérés s’élevant à la somme importante de 146 livres 14 sols et 6 deniers, dont la vérification effectuée en 1759.
Voici quelques éléments mentionnés dans ce document fort intéressant Archives des seigneurs de Lanet -Fonds Barthe N°284
Pour l’année 1772, Antoine Gaichet effectue quelques travaux de menuiserie (sur des poutres), ainsi que la fabrication de cerceaux pour la petite cuve à vin du seigneur, des réparations sur les comportes et sur les tonneaux.
L’année suivante, il note la réparation d’une charrue, de nouveaux des interventions sur les comportes et sur les tonneaux. Il assurait en fait l’entretien de l’ensemble du matériel agricole de Jean Barthe (champs et vignes).
Pour l’année 1773, nous apprenons qu’il travaillait également pour la forge d’Auriac dont Jean Barthe supervisait le fonctionnement. Ainsi, il fabrique deux barriques en février, travaille six journées à la forge en mars dont trois avec « un homme de Montjoi » (à raison de 1 livre la journée), trois journées supplémentaires pour entretenir le canal de ladite forge et une « à la roue où passe l’eau », et deux journées pour des réparations diverses.
Outre les travaux qu’il effectue pour le seigneur, Antoine Gaichet réclame également dans cet acte les gages de son fils Jean-Baptiste Gaichet (dont le parrain était Joseph Boyer baille) qui, pendant plus de trois mois, du 25 juin 1773 au 30 septembre 1773 a gardé le «troupeau du Sieur Barthe jour et nuit» à raison de 2 sols par jour.
Comme nous le disions, les vérifications qu’il avait effectuées à Bugarach en 1759 n’ont pas été payées. Il en réclame donc le règlement des six journées passées sur place (pour un montant de 20 livres 8 sols).
Non payés également, des travaux effectués au château pendant quatre années «à raison de une quarterée et demie bled par an ayant été payé de trois années par ledit Barthe reste deux setiers trois quarterées à raison de 12 livres le setier». La somme restant due se monte à 33 livres.
Antoine Gaichet avait également effectué d’importantes réparations au grand courtal et à la borde attenante (ainsi que le remplacement d’un plancher).
Le 31 mars 1753, il confectionne un cercueil pour Jeanne Françoise Dauceresses, fille de Marc-Joseph Dauceresses seigneur de Lanet et de Jeanne Donnadieu son épouse, décédée la veille au château à l’âge de dix-sept ans.
Le 12 avril 1763, il est de nouveau sollicité pour un cercueil suite au décès de Louise Pascale Barthe, fille de Jean Barthe seigneur de Lanet et de Anne Gabrielle Hyacinthe Dauceresses, à l’âge de un an.
Le 12 septembre 1765, suite au décès de Jean Joseph François Barthe à l’âge de quatre ans, fils de Jean Barthe et de Anne Gabrielle Hyacinthe Dauceresses, on lui demande une nouvelle fois de fabriquer un cercueil pour l’enfant.
Enfin, le 10 décembre 1769, il fournit le cercueil pour le décès de Jeanne Donnadieu à l’âge de soixante-cinq ans, veuve de Marc-Joseph Dauceresses seigneur de Lanet de son vivant. À cette occasion il aura également « ouvré de cire pour faire des cierges et des bougies ». [NB : Chacun des cercueils est facturé 10 sols.]
Mais Antoine Gaichet exerçait en plus une tout autre activité pour le compte du seigneur de Lanet. Ainsi il réclame dans cet acte de 1774 le paiement de quatorze années «pour avoir égorgé 21 cochons à raison de 10 sols chacun», et «pour avoir égorgé 80 brebis ou moutons à 5 sols chacun». Soit 10 livres 10 sols pour les 21 cochons et 20 livres pour les 80 brebis et moutons.
Ceci nous montre les rapports particuliers qu’il entretenait avec le seigneur du lieu qui n’hésitait pas à faire appel à lui en toutes circonstances (travaux de menuiserie, réparations diverses, expertises, égorger le bétail destiné à l’alimentation de la famille…).
Cette même année 1774, Antoine Gaichet vend à Jean Boyer, fils de Joseph Boyer baille et de Anne Saury, une pièce de terre d’une sétérée à Coume arnous, au terroir de Lanet. L’année suivante, il vend au même Jean Boyer une garrigue de deux carterées située à La Baure au terroir de Lanet également.
Quelques années plus tôt, le 23 juin 1771, sa femme, Marianne Pech, avait vendu à Françoise Barthe, veuve du sieur Baron de Bugarach et sœur de Jean Barthe seigneur de Lanet, une maison ruinée qu’elle avait reçu par donation de Joseph Azalbert.
Début avril 1778, Antoine Gaichet est choisi par Jean Barthe seigneur de Lanet en qualité d’expert dans une procédure en cours contre François et Bernard Saury, François Alard, Joseph Alquié, Pierre et Baptiste Gibert. Ces derniers sont poursuivis pour des coupes abusives de bois sur les terres et vaccants du seigneur et pour le commerce du charbon qu’ils ont tirés des arbres abattus. C’est la deuxième fois qu’il intervient en qualité d’expert pour le compte du seigneur de Lanet.
En 1781, il effectue des réparations à l’Église du village et sur le pont, en sa qualité de menuisier.
Mais les litiges avec le seigneur du lieu persistent. Ainsi, en 1783, Jean Barthe a toujours une instance en cours contre Antoine Gaichet. En effet, à cette date, son procureur Jean Lapasset lui dresse un état des procédures en instance dont les frais s’élèvent à la somme vertigineuse de 1136 livres ! Antoine Gaichet est alors qualifié de « ménager ».
L’extinction du patronyme à Lanet
À cette date, il est probable qu’Antoine Gaichet soit décédé. Du reste, ses fils Louis et Jean-Baptiste sont membres du Conseil de Lanet dès 1785. Et en 1788, une instance est toujours en cours avec le seigneur de Lanet, mais il est question maintenant des héritiers d’Antoine Gaichet.
Le patronyme Gaichet disparaît de Lanet au début du XIXè siècle. Une descendance se maintiendra quelques temps par les filles, mais dès 1846, à l’occasion du recensement, seule figure sur la liste des habitants, Aimée Gaichet épouse de Bernard Bourgabies, menuisier âgé de 42 ans, et leurs trois enfants Jean-Baptiste, Marguerite et Magdeleine.
Louis Gaichet, fils d’Antoine avait épousé à Albières en 1785, Anne Limouzy. De cette union va naître au moins une fille, Elisabeth qui épousera le 11 octobre 1808 à Lanet, Benoît Soucailhe. C’est par ce biais que la descendance d’Antoine Gaichet se maintiendra au village, par l’intermédiaire de la famille Soucailhe.
Le recensement suivant de 1851 ne mentionnera plus aucun membre de cette famille. Le patronyme Gaichet s’éteint alors sur Lanet. On le retrouve à Bouisse avec Marie Gaichet, fille d’Antoine Gaichet, qui épouse en 1784 Jean Delbourg, ainsi qu’à Cascastel.
Conclusion
Antoine Gaichet/Gasquet, souvent qualifié de « maître menuisier » dans les actes notariés, a dès son arrivée à Lanet su s’imposer dans la hiérarchie sociale du village. Son second mariage avec Marianne Pech lui a permis de trouver une alliance avec une famille très importante localement.
Etienne Pech, père de Marianne, est né le 31 juillet 1697 à Serviès en Val de Dagne. Il s’installe à Lanet vers 1720-1725 (son fils Jean-Pierre y est né sur cette période) et obtient l’arrentement du moulin le 2 octobre 1730 (AD Aude, 3E7627). Son fils Barthélémy prendra sa suite en qualité de meunier. La famille Pech sera très présente à Lanet, jusqu’à nos jours. Le mariage de Marianne avec Antoine Gaichet permettait l’union de deux familles, de même range social, où chacun y trouvait son compte. Nous présenterons dans un prochain article la longue procédure qui opposera Jean Barthe seigneur de Lanet aux héritiers d’Etienne Pech sur la période 1766-1772 (Archives des seigneurs de Lanet, fonds Barthe n° 264 et 267) et portant sur le droit d’arrosage réservé au seigneur à partir de l’eau du moulin.
Antoine Gaichet faisait partie de cette catégorie sociale des artisans, très présente dans les villages, toujours intégrée aux instances communautaires, préservant des liens privilégiés avec le seigneur du lieu (comme déjà noté, Marc-Joseph Dauceresses, seigneur de Lanet était présent à son mariage avec Marianne Pech), n’hésitant pas cependant à intenter des actions en justice contre ce dernier (à l’instar des familles Pech, Seguy, Saury, Boyer à Lanet), et cherchant des alliances bénéfiques pour ses enfants (qu’ils soient filles ou garçons).
Lors des baptêmes de ses enfants, Antoine Gaichet choisira souvent pour parrain ou marraine, outre des membres de sa familles, des membres des familles Boyer (baille de Lanet), Olive (maréchal à la forge d’Auriac)
La présence de la famille Gaichet à Lanet couvre approximativement la période 1550-1810, soit une certaine longévité, malgré l’effacement provisoire du patronyme qui aurait pu nous laisser croire à un départ du village.
Nous verrons que d’autres familles, comme notamment les Saury, surent s’y implanter de façon pérenne.
Nous retrouvons la famille Gaichet dès le XVIIIè siècle à Bouisse où elle va se sédentariser.
Sa présence à Lanet nous a laissé cependant de nombreux actes notariés confirmant son importance au sein de la communauté.
Les déplacements patronymiques que l’on peut observer sur les communes de Lanet, Bouisse, Fourtou, Cascastel et bien d’autres encore sont très fréquents à cette époque dans les Hautes Corbières.
La faible étendue des propriétés foncières nécessite la plupart du temps le départ de certains enfants vers d’autres localités voisines, par mariage, afin de ne pas mettre en danger le patrimoine familial.
En cela, la famille Gaichet est très représentative des cellules familiales en Hautes Corbières.